Théâtres de masques en Asie

Le masque, élément central de nombreuses traditions théâtrales asiatiques (Chine, Japon, Corée, Taïwan, Indonésie, Inde), porte en lui une charge symbolique et esthétique qui transcende le temps. Il joue un rôle pivot dans des formes artistiques telles que le théâtre Nô au Japon, les danses Topeng en Indonésie ou encore les formes théâtrales chinoises traditionnelles. Ces pratiques, bien que ancrées dans des rituels et des récits anciens, font face à de nouveaux enjeux dans un monde en mutation.

Dans ces formes artistiques traditionnelles, le masque scénique incarne une triple dimension qui en fait un outil artistique et spirituel d’une richesse exceptionnelle. D’une part, il est souvent investi d’une sacralité profonde, servant de lien entre le monde des humains et les sphères divines ou surnaturelles, ce qui le place au cœur de pratiques rituelles et culturelles. D’autre part, le masque confère à l’acteur la capacité de transcender son individualité pour incarner des symboles ou des idées universelles, dépassant les limites de sa propre identité. Enfin, grâce à la codification précise des traits et des émotions qu’il propose, le masque devient un langage visuel accessible et immédiatement compréhensible, permettant au public de saisir l’essence des personnages et des récits à travers une grammaire esthétique commune.

Comment les théâtres de masques asiatiques parviennent-ils à naviguer entre le respect de leurs racines historiques et les dynamiques de réinvention nécessaires pour rester vivants et pertinents dans le monde contemporain ? Quels sont les défis et les stratégies liés à la transmission de ces formes d’art, face à l’érosion possible des savoirs traditionnels et à l’émergence de nouvelles interprétations créatives ? Enfin, comment ces traditions dialoguent-elles avec les pratiques théâtrales occidentales, tantôt comme sources d’inspiration pour renouveler le langage scénique, tantôt comme points de tension ou de rencontre interculturelle dans une quête d’échanges artistiques et d’hybridation des esthétiques ?

Ces journées d’études internationales s’inscrivent dans les actions portées par le C.I.R.M.S. (Centre International de Recherche sur les Masques Scéniques) depuis 2016 à la Maison des Sciences de l’Homme sur les usages et fonctions du masque scénique. Elles proposent d’explorer comment ces traditions théâtrales sont réinterprétées dans des contextes contemporains et comment elles sont transmises aujourd’hui, dans un équilibre délicat entre fidélité aux héritages culturels et adaptation aux attentes des sociétés modernes. Pour réfléchir à ces questions, ces journées réuniront des chercheurs provenant de contextes internationaux variés, ainsi que des artistes et pédagogues (comédiens, metteurs en scène, photographes…). Les deux journées seront ponctué par des démonstrations pratiques exceptionnelles, le 12 juin sera présent le maître du théâtre japonais Kano Ryôichi, accompagné par accompagné de son fils et successeur, Kano Yûichi, ainsi que par l’actrice Ôshima Kinue étroite collaboratrice du théâtre du Soleil.

En clôture de la journée du 13 juin, est proposée une démonstration pratique de la cie GouGuang, compagnie d’Opéra chinois, associée au Centre national des arts traditionnels de Taïwan, présentée par Mme Chang Yu-Hua directrice de la troupe du GuoGang et le Pr. Shih-Lung Lo de l’université de Tsing Hua de Taïwan. Les journées d’études seront accompagnées de l’exposition photographique Un pèlerinage du Gan Nuo, fruit d’un travail de terrain mené par Deng Yong sur la culture Nuo dans la province du Jiangxi. Des étudiant·e·s de Licence et Master du Département Théâtre - Paris 8 présenteront les résultats de deux stages d’immersion, l’un consacré au théâtre Nô à ARTA, Association de Recherche des Traditions de l’Acteur, l’autre aux arts traditionnels chinois au National Taiwan College of Performing Arts.

Journées conçues et organisées par Giulia Filacanapa, avec Ai-Cheng Ho et Raphaël Trano.

Partenaires scientifiques et artistiques de l’événement : l’Unité de Recherche Scènes du Monde de l’Université Paris 8 ; le Laboratoire ELLIADD de l’Université Marie et Louis Pasteur ; la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord ; le Théâtre de l’Éventail de Orléans, lauréat de l’appel de recherche en Théâtre du Ministère de la Culture ; la Compagnie GuoGuang de Taïwan ; la Fondation de France (Fondation pour l’Étude de la Langue et de la Civilisation Japonaises).

Programme détaillé ici